Cardiotoxicité après ingestion d’une dose majeure d’oxétorone - 22/04/17
Resumen |
Objectif |
Rapporter des effets cardiotoxiques sévères après l’ingestion volontaire d’une dose majeure d’oxétorone.
Description |
Une patiente de 57 ans était retrouvée comateuse (GCS 3/15) et hypotherme (34,4°C) après l’ingestion suicidaire d’éthanol et d’une dose maximale de 300mg de zolpidem, 25mg de clonazépam et 3600mg d’oxétorone (délai inconnu). L’intubation était immédiate. À l’admission, la TA était de 120/70mm Hg, à l’ECG un rythme sinusal à 59/min sans anomalie du QRS ni de l’intervalle QT. Les investigations toxicologiques sanguines révélaient : éthanol 1,6g/L, clonazépam 33,5μg/L, zolpidem 11307μg/L, oxétorone 863μg/L (concentration maximale de 1084μg/L à H12). Une arythmie ventriculaire apparaissait 4h après l’admission, avec élargissement du QRS, ESV multiples, TV et dissociation auriculoventriculaire. La kaliémie à ce moment était de 3,36mmol/L, avec une magnésémie normale. La température rectale était descendue à 32,6°C. Un traitement par 200mL de bicarbonate molaire était administré. L’échographie cardiaque démontrait la préservation de la fonction ventriculaire gauche. Une perfusion de noradrénaline était requise pendant 8heures (dose max : 6,6μg/min). Parmi les autres complications, on notait la survenue d’un épisode de diabète insipide. L’extubation était réalisée 12h après l’admission. La correction des arythmies et des troubles de conduction était obtenue après 12h. La patiente quittait la réanimation à J3. Elle affirmait avoir ingéré une dose de 3600mg d’oxétorone.
Discussion |
L’oxétorone est un antimigraineux qui était indiqué dans le traitement de fond jusqu’à son retrait du marché belge en 2012 en raison d’une absence de preuves suffisantes de son efficacité. Il figure sur la liste de 2016 de la revue Prescrire des médicaments plus dangereux qu’utiles. Peu de données sont disponibles quant à sa toxicité en cas de surdosage aigu volontaire, et en particulier sur la toxicité cardiovasculaire. Outre ses propriétés antagonistes au niveau des récepteurs sérotoninergiques 5HT2, l’oxétorone a également des propriétés stabilisantes de membrane au niveau de canaux voltage-dépendants. L’ingestion d’une dose de 1800mg chez une patiente de 37 ans s’était compliquée de coma, tachycardie puis élargissement du QRS avec bradycardie et arrêt cardiaque récupéré après l’administration de 500mL de lactate molaire [1]. Dans une série récente de 31 cas d’ingestion dans un but suicidaire, le risque cardiaque a été souligné lorsque la dose ingérée était supérieure à 1800mg et lorsque la concentration plasmatique excédait 0,3mg/L [2]. Le traitement par le bicarbonate molaire parait justifié. Une surveillance prolongée des effets cardiaques est également conseillée car le pic de concentration plasmatique d’oxétorone pourrait être observé après un délai supérieur à 4h en cas de surdosage majeur.
Conclusion |
La cardiotoxicité observée après l’ingestion d’une dose majeure d’oxétorone souligne la nécessité d’une réévaluation du bénéfice de cette molécule.
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Vol 29 - N° 2S
P. S72 - mai 2017 Regresar al númeroBienvenido a EM-consulte, la referencia de los profesionales de la salud.
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