Traitement de la crise
Éducation indispensable du patient.
Arrêt immédiat de l'effort déclenchant.
Le patient doit s'asseoir ou s'allonger à cause de l'effet hypotenseur des dérivés nitrés.
La crise doit céder en 2 à 5 min.
La prise sublinguale peut être répétée après 5 min en cas d'inefficacité.
En cas d'augmentation de la fréquence des crises d'angor (angor crescendo) ou de douleur angineuse prolongée > 15 min : consultation cardiologique urgente.
Expliquer au patient la nécessité d'un traitement prophylactique avec prise de dérivés nitrés d'action immédiate avant d'effectuer un effort qu'il sait « anginogène ».
Un dérivé nitré d'action immédiate doit être prescrit sur l'ordonnance de tout coronarien.
Traitement de fond
Bêtabloquants
En première intention en l'absence de contre-indication. Réduction de 66 % de la mortalité chez le coronarien stable.
Ils sont particulièrement efficaces en cas de tachycardie sinusale, d'HTA ou d'hyperexcitabilité ventriculaire.
Ils diminuent la fréquence cardiaque, la pression artérielle et la contractilité, les 3 paramètres essentiels régulant les besoins en O2 du cœur.
La posologie doit être suffisante pour permettre un blocage efficace des récepteurs β-adrénergiques, c'est-à-dire :
Obtenir une bradycardie sinusale de repos à 50-60/min et une fréquence cardiaque maximale à l'effort ne dépassant pas 100-110/min.
Ne jamais interrompre le traitement β-bloquant brutalement : risque d'angor instable, d'infarctus du myocarde, de troubles du rythme et de mort subite.
Exemples de posologie journalière :
Dérivés nitrés d'action prolongée
Ils sont souvent prescrits en première intention en association avec les β-bloquants.
Ils doivent être administrés à fortes doses pour surmonter l'effet de premier passage hépatique.
Ils doivent couvrir la période douloureuse mais des fenêtres thérapeutiques sont nécessaires pour éliminer l'effet d'accoutumance.
Les formes à libération prolongée sont particulièrement adaptées dans cette indication.
Exemples de posologie journalière :
-
LANGORAN LP 40 mg : 1 cp. matin et soir en respectant un intervalle de 12 h ;
-
MONICOR LP 40 ou 60 mg : 1 gél./j ;
-
NITRIDERM TTS 5, 10 ou 15 mg : coller le patch sur peau propre à faible pilosité comme la paroi latérale du thorax ; à laisser en place pendant 12 h diurnes (8 h à 20 h) ou nocturnes (20 h à 8 h).
Molsidomine : molécule apparentée aux dérivés nitrés
Mécanisme d'action voisin de celui des dérivés nitrés.
Pas d'effet d'accoutumance significatif.
Pas d'effet dépresseur sur la contractilité, la conduction et la fréquence cardiaques.
Effet antiagrégant plaquettaire in vitro.
Inhibiteurs calciques
Leurs effets anti-ischémiques sont corrélés aux mécanismes d'action spécifiques de chaque sous-classe thérapeutique.
Dihydropyridines (ADALATE, AMLOR, LOXEN)
Effets coronarodilatateur et antispastique permettant d'augmenter les apports en O2 au myocarde.
Effet tachycardisant modéré.
Effet vasodilatateur périphérique contribuant à diminuer la post-charge et donc à réduire les besoins en O2 du myocarde.
Non dihydropyridines : diltiazem (TILDIEM) et vérapamil (ISOPTINE)
Inhibiteurs calciques bradycardisants.
Réduisent la consommation en O2 du myocarde.
Les inhibiteurs calciques sont indiqués quand :
- en cas de contre-indication extracardiaque (BPCO, asthme), prescrire de préférence un inhibiteur calcique bradycardisant : BI-TILDIEM 90 ou 120 mg : 1 cp. x 2/j ;
- en cas de contre-indication cardiaque (bradycardie), les dihydropyridines sont utilisables : AMLOR 5 mg : 1 à 2 cp./j.
L'angor est à forte composante spastique :
- les β-bloquants sont à éviter ;
- prescrire une association d'un dérivé nitré et d'un inhibiteur calcique dihydropyridine.
Exemples de trithérapie antiangineuse :
Attention à l'hypotension artérielle en cas d'association dihydropyridine +
dérivé nitré (privilégier une prise décalée des 2 médicaments).
Attention à la dysfonction sinusale en cas d'association
β-bloquant + inhibiteur calcique bradycardisant (surveillance de la fréquence cardiaque).
L'association dihydropyridine à longue durée d'action avec
β-bloquant a l'AMM dans cette indication :
- action complémentaire et synergique et rapport efficacité/tolérance optimal ;
- réduction du nombre et de la durée des épisodes ischémiques sur l'ensemble du nycthémère ;
- efficacité supérieure à celle de l'association dérivé nitré + β-bloquant.
CHRONADALATE LP 30 mg : 1 cp./j + n'importe quel
β-bloquant en prise simultanée matinale.
Activateurs des canaux potassiques
Effet antispastique, diminution de la pré- et de la post-charge, effet coronarodilatateur.
Peuvent être prescrits en monothérapie ou en association avec un
β-bloquant ou un inhibiteur calcique bradycardisant.
ADANCOR 10 ou 20 mg ou
IKOREL 10 ou 20 mg : 5 mg x 2/j pendant 7 j puis 10 à 20 mg x 2/j.
Surveillance impérative quel que soit le traitement antiangineux de fond.
Tolérance : pression artérielle couché/debout, fréquence cardiaque, signes d'insuffisance cardiaque, espace PR à l'ECG.
Efficacité : fréquence des crises angineuses, intensité de l'effort déclenchant, consommation de trinitrine. Faire pratiquer un ECG d'effort à 1-3-12 mois, puis tous les ans.
Antiagrégants plaquettaires
Leur prescription est INDISPENSABLE à chaque coronarien.
Ils préviennent les accidents thrombotiques (notamment coronaires mais aussi cérébraux).
PLAVIX 75 mg : 1 cp./j en cas de contre-indication vraie à l'
aspirine ou en cas de patient polyartériel.
Lutte contre les facteurs de risque cardiovasculaires
Arrêt du tabagisme, normaliser la pression artérielle, équilibrer un diabète, traiter une hypercholestérolémie, perte de poids si nécessaire. Éviter le stress.
Activité physique régulière et adaptée comme la marche, la natation et le vélo.
En pratique
Forme légère d'angor d'effort
Crises peu fréquentes ne survenant que pour des efforts intenses.
Ordonnance comprenant :
- traitement des facteurs de risque ;
- antiagrégant plaquettaire ;
-
dérivés nitrés d'action immédiate en cas de crise ou dérivés nitrés d'action prolongée au long cours.
Il est recommandé de faire une épreuve d’effort lors de l’évaluation initiale. Si elle n’est pas concluante, une imagerie d’effort (ex : scintigraphie myocardique au thallium à l’effort ±
dipyridamole) sera proposée.
Il n’est pas recommandé de réaliser une épreuve d’effort lors de la surveillance d’un coronarien stable.
Forme sévère d'angor d'effort
Angor d'effort pour lequel le traitement médical optimal reste inefficace.
Une
coronarographie se justifie (
voir schéma ci-dessous).
En cas de revascularisation impossible : indication à un traitement médical maximal, à savoir une
trithérapie antiangineuse (
dérivés nitrés retard,
β-bloquants, inhibiteurs calciques) et antiagrégant plaquettaire.
En cas de revascularisation possible : indication à une revascularisation myocardique par angioplastie coronaire transluminale ou par pontage aorto-coronaire.