Une cause d’endocardite à ne pas méconnaître - 20/05/15
Résumé |
Introduction |
L’interrogatoire est essentiel pour traquer la porte d’entrée d’une endocardite bactérienne afin d’en permettre la prise en charge optimale. Cette porte d’entrée peut être inhabituelle et de révélation tardive, comme nous le rapportons dans cette observation rare.
Observation |
M. B, 29ans est homosexuel ; il est aide-soignant en milieu hospitalier, sportif et célibataire. Il est suivi pour une biscuspidie aortique dans le cadre d’un syndrome de Marfan.
Sa séropositivité pour le VIH a été découverte en 2008 et la baisse récente de ses CD4 à 375/mm3 avec une charge virale à 75 000 copies/mL justifie l’introduction d’une trithérapie encore non acceptée par le patient.
En juin 2013, devant une fièvre traînante et inexpliquée et la découverte d’un souffle systolique au foyer aortique est réalisée une ETT qui met en évidence une végétation sur la valve aortique bicuspide native de 7mm. Les hémocultures sont positives à Enteroccocus faecalis. Un traitement par Amoxicilline-Gentamycine est mené à bien avec une bonne évolution ; la coloscopie réalisée dans le cadre du bilan étiologique est strictement normale.
On rapporte 4 mois plus tard le même tableau d’endocardite de nouveau à Enteroccocus faecalis se soldant par une insuffisance aortique nécessitant la mise en place d’une bioprothèse aortique.
Le 3e épisode mettra en évidence cette fois des hémocultures positives à Streptococcus parasanguis.
Le bilan étiologique est complété par un coloscanner, un bilan stomatologique, ORL et PET scanner qui ne mettent pas en évidence de foyer profond ou superficiel.
On notera la positivation d’une sérologie VHC avec ARN+ la dernière sérologie négative datant d’octobre 2008. L’interrogatoire est repris à la recherche d’éventuelles pratiques à risques mais le patient affirme s’être contaminé au cours d’un accident d’exposition au sang dans le cadre de son travail.
Ces endocardites restent d’étiologie inexpliquée jusqu’à une visite de contrôle quelques mois plus tard où le patient se présente amaigri, dans un état d’agitation anxieuse, totalement désinhibé avec une composante paranoïaque. Il reconnaît alors s’injecter régulièrement depuis 18 mois des produits psychostimulants par voie intraveineuse dans le cadre de sa vie sexuelle.
Discussion |
L’injection intraveineuse de divers produits psychostimulants à visée de désinhibition sexuelle (le plus fréquent est la méphédrone) est connue sous le nom anglo-saxon de SLAM (qui signifie « claquer », ce terme est employé par les usagers pour évoquer la violence de l’effet lors de l’injection). Le concept serait né aux États-Unis au sein de la population homosexuelle masculine. L’ampleur du phénomène est difficilement quantifiable, mais les addictologues rapportent une augmentation des cas depuis 2011, touchant tous les milieux socio-économiques.
Les complications majeures sont classiques, non seulement infectieuses et cardiologiques, mais aussi psychosociales avec un fort pouvoir addictogène, pouvant conduire à une désocialisation rapide [1 ].
Conclusion |
Le SLAM, pratique « récente », encore mal connue des médecins, fait partie des pratiques à rechercher lors de l’interrogatoire de patients présentant une endocardite dont la porte d’entrée reste méconnue. Reconnaître précocement cette étiologie permet, outre de guider le traitement et la surveillance, d’entamer une prise en charge adaptée de l’addiction, souvent mal assumée par l’usager.
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Vol 36 - N° S1
P. A176-A177 - juin 2015 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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