Internet : suicide mode d’emploi ! - 14/11/14
Résumé |
Introduction |
Les intoxications par barbituriques sont devenues rares. Le pentobarbital est un barbiturique d’action rapide utilisé en médecine vétérinaire comme euthanasiant. Il a connu un regain de popularité médiatique ces dernières années comme aide au suicide de manière légale dans certains pays (Suisse, Belgique).
Observation |
Une femme de 32ans, d’origine américaine et biologiste de formation, traitée pour une psychose puerpérale, a appelé une amie pour lui dire qu’elle ne viendrait pas au cours de sport. Compte tenu du contexte dépressif, cette dernière se rend à domicile et découvre la patiente comateuse. À l’arrivée du Samu, la patiente est en coma Glasgow 3, cyanosée, en mydriase bilatérale aréactive. Le diagnostic de dissociation électromécanique est posé. Une activité cardiaque est récupérée après 5min de réanimation cardio-respiratoire. À l’admission en réanimation, la patiente est en coma Glasgow 3 avec une instabilité hémodynamique sous Adrénaline. Le traitement comporte une hypothermie thérapeutique et l’administration d’un Cyanokit (suspicion d’intoxication aux cyanures devant une acidose métabolique lactique). Un lavage gastrique est réalisé (liquide hématique) conduisant à une œso-gastroscopie retrouvant une gastrite nécrosante et des lésions œsophagiennes compatibles avec l’ingestion d’un corrosif. Le scanner cérébral initial est normal ainsi que le doppler transcranien. L’électroencéphalogramme est isoélectrique. En consultant l’ordinateur familial, le mari de la patiente retrouve la trace d’une commande de Nembutal® par internet. Les analyses toxicologiques (LC-MS) retrouvent : 30mg/L de pentobarbital dans le sang (concentrations thérapeutiques entre 1 et 10mg/L), des cyanures (50mg/L, valeur retrouvée chez les fumeurs), de la tianeptine et de l’amisulpride. L’évolution est marquée par un état de mal épileptique réfractaire lié à un œdème cérébral. L’IRM réalisée à 1 mois d’évolution montrait des lésions ischémiques des noyaux gris centraux corticaux. 9 mois après l’admission, la patiente est en coma pauci-relationnel avec spasticité importante.
Discussion |
Le pentobarbital a été utilisé en thérapeutique sous le nom de Nembutal® comme somnifère et anesthésique puis interdit en France en 1996. Il est encore utilisé en France comme euthanasiant vétérinaire : des cas de suicide chez des vétérinaires sont rapportés dans la littérature. Le pic plasmatique est rapide, entre 10 et 60minutes selon la voie d’administration (voie orale probable chez notre patiente). L’élimination est lente avec une demi-vie entre 15 et 50heures. Le tableau clinique comporte un coma profond avec possible arrêt cardiorespiratoire. Une intoxication polymédicamenteuse (nombreux neuroleptiques, antidépresseurs retrouvés à domicile) avait été évoquée initialement. La rapidité de survenue de l’arrêt cardiaque ainsi que le tracé EEG étaient évocateurs d’une intoxication par barbituriques. Les lésions digestives étaient probablement en relation avec l’ingestion d’un corrosif qui n’a pu être identifié. La dose minimale létale de pentobarbital est de 1gr. La concentration plasmatique retrouvée chez la patiente était létale.
Conclusion |
Même si le médicament ne fait plus partie de la pharmacopée française, le pentobarbital peut être commandé sur internet et faire l’objet d’une intoxication volontaire gravissime.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Plan
Vol 26 - N° 4
P. 231 - décembre 2014 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à cette revue ?

