L’escarre est une plaie consécutive à une hypoxie tissulaire provoquée par une pression excessive et prolongée. L’hypoxie tissulaire se définit comme une carence d’apport d’oxygène à des tissus, qui peut toucher non seulement les tissus superficiels comme la peau, mais aussi des tissus profonds comme les muscles.
Une escarre se développe rapidement, passant parfois en quelques heures du stade 1 (rougeur) au stade 3 ou 4 (escarre profonde).
Mais l’escarre entraîne surtout une souffrance physique et morale et une limitation des capacités fonctionnelles. Elle a aussi pour conséquence une altération de l’image de soi, voire une dépression ou l’aggravation de celle-ci, d’où l’importance de la prévention.
FACTEURS DE RISQUEFACTEURS INTRINSÈQUES
• | Vasculaires. |
• | Neurologiques (troubles de la sensibilité). |
• | Trophiques (fragilité de la peau, cicatrices d’escarres, maigreur). |
• | Infectieux, d’origine pulmonaire ou urinaire. |
• | Iatrogènes : transport en voiture ou matériels techniques inadaptés. |
• | État général : troubles psychiques (dépression) ou dénutrition. |
FACTEURS EXTRINSÈQUES
• | Frottements et cisaillements (entraînant un cisaillement des artérioles musculocutanées) : le cisaillement correspond à la conjonction de deux forces de surface opposées parallèles à la peau. Ces deux forces résultent en général du frottement de la peau lorsque le patient glisse sur un support. Certains vêtements glissants (certaines matières synthétiques, survêtements…) favorisent le cisaillement et sont donc à éviter ; il est recommandé de porter des vêtements sans coutures, d’éviter le nylon et de préférer le coton, et d’avoir une hygiène rigoureuse de la peau et des ongles. |
• | Macération (notamment si la température est supérieure à 25 °C) : la transpiration excessive (en cas de fièvre, par exemple) entraîne l’humidité des draps et des vêtements. |
• | Pression (ennemi n° 1 au niveau de la pathogénie des escarres), caractérisée par l’intensité, la durée et la répétition : une pression excessive ferme les vaisseaux sanguins cutanés, voire sous-cutanés, provoquant une hypoxie tissulaire. La durée de l’hyperpression est plus nocive que son intensité (fig. 1.1 et 1.2). |
PRÉVENTION
• | Diminuer la pression : – | changements de position au fauteuil et au lit, privilégier les positions de trois quarts et l’utilisation d’accessoires de positionnement adaptés ; | – | la nuit, il est conseillé de remplacer le décubitus latéral, exposant dangereusement la région trochantérienne, par la position trois quarts arrière avec inclinaison de 30° alternée toutes les 3 heures ; | – | des soulèvements par push-up réguliers sont recommandés toutes les 15 minutes. Les soulèvements peuvent être associés à des changements successifs de position : appuis successifs sur le bras droit puis le bras gauche, ou en avant/arrière ; | – | le bassin doit être symétrique pour répartir le poids sur les deux ischions (sinon il se concentrera sur l’ischion droit) ; | – | au fauteuil, le patient doit particulièrement veiller à bien placer son bassin horizontalement ainsi que ses cuisses en compensation d’une potentielle scoliose engendrant une bascule, pour éviter l’hyperpression au niveau de son ischion droit, ainsi que des glissements intempestifs provoquant un cisaillement cutané. Par ailleurs, il doit modifier plus souvent ses points d’appui et effectuer des soulagements fessiers intermittents, au moins de 10 secondes tous les quarts d’heure, par push-up ou en se penchant en avant et en arrière. |
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• | Observer l’état cutané pour détecter tout signe précoce d’altération cutanée et maintenir l’hygiène de la peau car toute altération cutanée n’est que la partie visible de l’iceberg qu’est une escarre constituée au niveau des tissus sous-jacents : – | chez le paraplégique, les principaux risques de rougeurs se situent au niveau des talons, du sacrum, des condyles internes si les 2 genoux se touchent et les malléoles ; | – | chez le tétraplégique, les principaux risques de rougeurs se situent en plus au niveau des coudes, des omoplates et de l’occiput. |
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• | Assurer l’équilibre nutritionnel : la ration calorique moyenne doit être de 40kcal/kg/jour, en privi-légiant l’apport protéique, et l’hydratation doit être importante (vérifiée par la couleur des urines). |
• | Faire attention à la présence d’objets oubliés dans le lit ou sur le coussin du fauteuil. |
Pour que la prévention soit efficace, il faut supprimer les facteurs de risque car aucun matériel ne peut suffire à lui seul !
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