Profil des PVVIH à Mayotte et particularités du parcours de soins - 12/02/25
Résumé |
Avec une démographie mal-estimée, Mayotte affiche de franches singularités: une population majoritairement jeune dont 77 % vit sous seuil de pauvreté et beaucoup sont des femmes précarisées. Ce contexte insulaire se caractérise aussi par le manque de contrôle du VIH, avec une nouvelle inclusion tous les deux jours. La file active, de fait jeune, est à 61 % féminine et le mode de transmission majoritairement hétérosexuel à 82 %. En post Covid, le nombre de cas a flambé au sein d'un contexte socioéconomique largement dégradé. En 2023, pour une file active de 504 patient.e.s suivi.e.s, on comptait 80 nouveaux diagnostics dont 9 au stade SIDA ainsi que 46 grossesses suivies. Près d'un habitant sur deux étant d'origine étrangère, la file active des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) reflète aussi le cosmopolitisme de l’île avec des patient.e.s à 16,7 % d'origine mahoraise, 24,5 % de Madagascar, 32,3 % de nationalité comorienne, 20 % venant d'Afrique subsaharienne et 5,7 % issus de France hexagonale. À l’échelle locale, si 52,3 % de la patientèle vit dans le Grand Mamoudzou, l'autre moitié doit donc assurer des déplacements réguliers et conséquents vers le chef-lieu pour honorer les divers rendez-vous de suivi. Les circonstances de diagnostic sont majoritairement liées au dépistage opportuniste (37 %) et durant la grossesse (27,6 %).
Aux spécificités départementales correspondent plusieurs particularités de prise en soins des PVVIH. La migration économique ou sanitaire conduisant souvent à un travail précaire, informel et non déclaré voire à de la prostitution de subsistance, expose aux rapports à risques et aux violences sexuelles. Les primo arrivant.e.s et les personnes sans-papiers se voient soumises à des décisions aléatoires et erratiques tant pour l'attribution de logements ou de bons alimentaires que dans les procédures administratives de régularisation. La conjoncture y étant fluctuante, sans affiliation à la sécurité sociale et avec des droits CMU/AME ici inexistants, le parcours de soin se révèle souvent chaotique. Nous relevons actuellement que 38 % de notre file active n'est pas affiliée à la CSSM et que 27 % sont en situation irrégulière ainsi que 7 % sans logement fixe.
Lors des déplacements, le risque d'interpellation par la police aux frontières -plus d'une quarantaine pour l'année 2023, et les frais onéreux de transport, l'impact logistique constituent pour les plus vulnérables autant de freins à l'observance comme à la continuité des soins. Malgré le concours des associatifs de terrain, les besoins fondamentaux des PVVIH vulnérables restent en souffrance – ce qui accentue l’épuisement de leurs ressources. Devant l'ampleur du travail, le manque d'effectif se fait sentir, là où les recommandations de la Haute Autorité de Santé en termes de dotation en personnel ne sont pas appliquées.
Face à ces multiples défis, le déploiement extra hospitalier du suivi des PVVIH demeure un objectif concret d'amélioration avec la formation des centres médicaux périphériques à l'accueil et aux bilans, dans le respect de la confidentialité. De même, la formation et la sensibilisation des structures partenaires au test et à l'orientation prend forme.
Au vu de la gestion urgente des problématiques psychosociales, le développement d'une éducation thérapeutique adaptée reste à mettre en place tout comme l'organisation de séances et ateliers de groupe. Pour ce faire, des recrutements sont évidemment à prévoir.
Tout cela afin de répondre aux besoins de notre patientèle et pouvoir les accompagner dignement dans leur parcours de vie et de soins afin qu'ils et elles soient acteur-ices de leur santé et prennent en compte les enjeux d'un suivi régulier.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 4 - N° 1S
P. S1-S2 - février 2025 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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