Risque d’infections sévères associé à un déficit en immunoglobuline chez des patients traités par rituximab pour une maladie auto-immune systémique - 30/11/23
Résumé |
Introduction |
Le rituximab (RTX), un anticorps anti-CD20 ciblant le lymphocyte B (LB), est fréquemment utilisé en cas de maladie auto-immune systémique (MAIS). Cependant, la déplétion induite des LB périphériques peut entraîner une diminution des immunoglobulines (Ig) et augmenter le risque infectieux. Les données sur ce risque dans les MAIS sont peu nombreuses et discordantes [2, 1]. L’objectif de notre travail était d’évaluer l’impact d’un déficit en Ig sur le risque d’infection sévère chez des patients traités par RTX pour une MAIS.
Patients et méthodes |
Nous avons analysé les données des patients ayant reçu au moins une perfusion de rituximab pour une MAIS dans le département de rhumatologie du CHU de Montpellier du 1er janvier au 31 décembre 2017 (les données recueillies chez les patients repérés portant sur l’ensemble de l’histoire thérapeutique par RTX, sans limite dans le passé et jusqu’à 2020). Les patients ayant bénéficié d’au moins un dosage des immunoglobulines durant le suivi et d’au moins une visite de suivi après la dernière perfusion de RTX ont été inclus et suivis pendant au moins 12 mois après la dernière perfusion ou jusqu’à la survenue d’une infection sévère, le décès ou jusqu’à la fin de l’étude (31 mai 2020). Un déficit en Ig était défini par : IgG<6,5g/L et/ou IgA<0,7g/L et/ou IgM<0,3g/L et/ou gammaglobulines<6g/L. Les patients ont ainsi été classés en 3 groupes selon l’apparition du déficit en Ig : avant la première perfusion de RTX (« déficit prévalent ») ; dosage avant la première perfusion de RTX normal, et survenue d’un déficit durant le traitement par RTX (« déficit acquis ») ; taux normal d’Ig à l’inclusion et durant le suivi (« pas de déficit »).
Résultats |
Nous avons inclus 311 patients (85,9 % PR, 4,2 % lupus, 2,6 % vascularites, 7,4 % autres MAIS) : 103 patients (33,1 %) présentaient un déficit en Ig en fin de suivi, dont 33 (10,6 %) prévalent et 61 (19,6 %) acquis. En analyse univariée, les patients présentant un déficit prévalent avaient une dose quotidienne de glucocorticoïdes (GC) plus élevée durant le suivi (p=0,006) et plus de comorbidités selon l’index de Charlson (p=0,03); le déficit acquis était associé à la dose cumulée de RTX (p<0,001), au DAS28 moyen durant le suivi (p=0,05), et aux comorbidités (diabète [p=0,06] et IMC>30kg/m2 [p=0,06]). Au total, 14,5 % des patients ont présenté une infection sévère au cours du suivi. Les patients présentant un déficit prévalent ont présenté numériquement mais non statistiquement plus fréquemment une infection sévère en comparaison aux patients gardant un taux d’Ig normal. En analyse multivariée, le risque d’infection sévère n’était pas associé au déficit en Ig, prévalent ou acquis (déficit en Ig analysé comme variable dépendante du temps : HR 1,04 [IC 95 % 0,5–2,3], p=0,92) mais aux comorbidités pulmonaires (HR 2,5 [1,2–5,3], p=0,02) et à la dose de GC (HR 1,1 [1,02–1,2], p=0,02) durant le suivi.
Conclusion |
Le risque d’infection sévère n’est pas associé au déficit en Ig chez les patients traités par RTX pour une MAIS. L’évaluation du risque infectieux sous RTX doit cependant être individuelle, en particulier chez les patients traités par GC ou souffrant d’une maladie pulmonaire chronique.
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Vol 90 - N° S1
P. A103 - décembre 2023 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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