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Actualités sur les risques NRBCe - 06/09/23

News on CBRNe risks

Doi : 10.1016/j.pxur.2023.07.025 
Anne Raynaud-Lambinet a, Hélène Coignard b, Benoît Vivien c,
a SAMU 31, Urgences CHU Toulouse, mission SSE Occitanie, conseiller santé CNCMFE NRBC-E, France 
b SAMU 69 et Mission COREB Nationale, France 
c SAMU 75, Université Paris Cité, SFMC et Santé publique France, France 

Auteur correspondant.

Résumé

Les risques et menaces NRBCe (nucléaire, radiologique, biologique, chimique et explosif) constituent depuis plusieurs décennies un enjeu politico-diplomatique majeur pour nos autorités, en raison de la possible utilisation de ces armes, qualifiés parfois d’armes de désorganisation massive, aussi bien par des groupes terroristes que par certains états belligérants sur leur propre territoire ou dans le cadre de conflits internationaux [1]. Si heureusement les cas concrets sont rares, ceci se traduit par un faible nombre de RETEX détaillés, et une formation dans l’ensemble insuffisante des différents intervenants potentiels. À l’inverse, la perception réelle de ce risque, dont l’impact psychologique peut être majeur, reste floue et déformée pour le grand public de par le sensationnalisme souvent engendré par les media dans ce domaine.

Au lendemain de la « Guerre froide », plusieurs conventions et traités ont été mis en place, visant à l’interdiction de l’utilisation des agents de la menace NRBC comme armes : le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (1967), la Convention sur l’interdiction des armes biologiques et à toxines (1972), et la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (1997). Il faut néanmoins souligner que certains états n’en sont pas signataires, et/ou n’acceptent pas les modalités de contrôle prévues sur leur propre territoire.

Si les conséquences potentielles de l’exposition à un agent NRBC sont évidemment très différentes selon les caractéristiques physico-chimiques de l’agent, selon le vecteur utilisé pour sa dissémination et selon son pouvoir de contagiosité ou de contamination secondaire, il en est de même pour la cinétique d’apparition de la symptomatologie, les modalités de détection et de diagnostic, et enfin le cas échéant les possibilités thérapeutiques.

Dans le domaine NR, les dernières décennies ont été marquées par deux accidents industriels majeurs : Tchernobyl (1986), lié à l’emballement du réacteur à la suite d’un test responsable de l’explosion du cœur nucléaire et Fukushima (2011), lié à un séisme de magnitude 9 à l’origine d’un tsunami ayant entraîné la fusion de trois réacteurs suite à l’arrêt du système de refroidissement de la centrale. À côté de ces catastrophes industrielles, économiques, et humaines, il existe de nombreux exemples d’événements de moindre importance, très différents les uns des autres : l’accident de Goiânia (Brésil, 1987) suite à la récupération de césium 137 dans une clinique désaffectée ayant conduit à 4 décès et la contamination de près de 250 personnes ; l’irradiation accidentelle au CH d’Epinal (1989–2005) par erreurs de paramétrage à l’origine de surdosages chez des patients traités par radiothérapie ; l’empoisonnement par du polonium en Grande Bretagne de l’ex-agent russe Litvinenko (2006) ; enfin la perte de sources radioactives, parfois retrouvées au prix de recherches de grande ampleur (Australie 2023). Toujours dans le domaine NR, les menaces étatiques actuelles sont surtout liées au conflit russo-ukrainien, avec d’une part le risque lié à la centrale nucléaire de Zaporijia, et d’autre part la menace de missiles balistiques nucléaires au pouvoir de destruction majeur. À un niveau moindre, des terroristes pourraient développer une « dirty bomb », ou programmer une contamination lente et insidieuse du grand public par dissimulation d’une source radio-active dans un site très fréquenté (transport en commun…).

Concernant le risque C, les cinquante dernières années ont été marquées par plusieurs accidents industriels majeurs, dont en particulier celui de Seveso en 1976 (exposition à la dioxine de 220 000 personnes), qui a donné lieu à la Directive européenne éponyme, mais également ceux de Bhopal (1984, 4000 morts par isocyanate de méthyl), de l’usine AZF de Toulouse (2001), de Tianjiin (2015) et plus récemment de Beyrouth (2020). Par ailleurs, sans qu’il n’y ait eu de victimes clairement identifiées, il faut également signaler les phénomènes qualifiés de « nuages toxiques » avec dissémination dans l’air de particules à risque : Igualaga (2015), Lubrizol (2019), incendie de Notre-Dame de Paris avec émanation de plomb fondu (2019), et par analogie les 100 millions de mètres cubes de « téphras » répandues lors de l’éruption du volcan Islandais Eyjafjallajökull (2010). Dans le domaine des toxiques utilisés lors de conflits ou d’actes terroristes, à côté des quatre grandes classes d’agents que sont les neurotoxiques organophosphorés (sabun, VX.), les hémotoxiques ou anoxiants (cyanures), les vésicants (ypérite) et les suffocants ou asphyxiants (chlore, ammoniac), il ne faut pas oublier les produits industriels courants utilisés directement (engrais…) ou en tant que composés précurseurs d’agents chimiques. Selon les caractéristiques physico-chimiques des molécules, les capacités de production et de dissémination, et la population visée par les états ou organisations terroristes, les agents chimiques peuvent être utilisés soit à grande échelle (attaque au gaz Sarin à Tokyo en 1995, guerre en Irak et en Syrie avec utilisation d’ypérite, sarin et chlore), ou lors d’assassinats (ou tentatives) politiques ciblés avec des agents neurotoxiques organophosphorés (VX pour Kim-Jong Nam dans l’aéroport de Kuala-Lumpur en 2017, Novitchok pour Sergueï Skripal et Alexeï Navalnyb en 2020). Enfin, certains médicaments peuvent également être utilisés comme agents incapacitants, tel le carfentanyl par les forces spéciales russes lors de l’assaut du théâtre de Moscou en 2002, et qui a été rendu responsable du décès des 130 otages qui ont péri lors de l’opération de libération.

L’utilisation d’agents biologiques dans le cadre du bio terrorisme a fait l’objet de programmes extrêmement intensifs par plusieurs pays, en particulier les Etats Unis (programme Whitecoat, 1952–1973) et l’URSS (programme Biopreparat, 1972–1992). À ce jour, il est probable que certains états poursuivent des recherches dans ce domaine, et ce malgré l’interdiction de la Convention internationale de 1972. Les différents agents infectieux potentiels, au nombre d’environ 180 recensés à ce jour, sont classés en trois catégories selon leur degré de virulence, leur contagiosité et leur impact potentiel sur les populations. La catégorie A (risque le plus élevé) comporte en particulier le charbon (le modèle d’agent du bioterrorisme, testé depuis les années 30 et utilisé lors d’attaques aux États-Unis en 2001), la variole (létalité de 30 % chez les non-vaccinés, raison pour laquelle le plan variole français a constitué une réserve de 72 millions de doses de vaccin), mais également la peste, le botulisme, la tularémie, et les fièvres hémorragiques (Ebola et Lassa). Aux confins des risques B et C, il faut également mentionner la ricine, 6000 fois plus toxique que le cyanure et sans antidote connu à ce jour, qui depuis une dizaine d’années est régulièrement identifiée lors de tentatives d’attentats en Europe, Australie et USA.

Enfin, dans le cadre cette actualisation des risques NRBC, il faut également s’intéresser aux modes de dissémination de ces agents. Concernant les agents biologiques hautement contagieux, les transports, et en particulier la mondialisation du trafic aérien, constituent un risque majeur de propagation extrêmement rapide, comme l’a montré la pandémie COVID-19 avec ses différents variants. Dans le cadre des agents B et C, l’un des risques les plus prégnants à ce jour pour les autorités est représentés par l’utilisation de drones, dont en particulier ceux utilisés en agriculture pour l’épandage d’engrais, qui pourraient être détournés pour permettre la dissémination d’un agent C ou B lors d’un rassemblement de foule en extérieur.

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