L’hypoalbuminémie prédit une évolution défavorable chez les sujets diabétiques. Est-elle liée à son type, sa durée, son contrôle et ses complications ? - 09/05/23
Résumé |
Introduction et but de l’étude |
L’hypoalbuminémie est associée à des complications du diabète, telles que les hypoglycémies, les cétoses, la sarcopénie, la neuropathie périphérique, les maux perforant, la néphropathie diabétique ou encore associée à des taux de mortalité plus élevés chez les patients hospitalisés ou atteints de coronaropathie. L’albumine sérique est généralement considérée comme un marqueur de l’état nutritionnel, avec un intérêt particulier pour les sujets en perte de poids involontaire : dans leur cas, les récentes recommandations des sociétés françaises de nutrition la considèrent comme un marqueur de dénutrition sévère lorsque l’albumine est inférieure à 30g/L. La diminution de l’albumine sérique peut, néanmoins, résulter d’autres causes : diminution de la synthèse hépatique dans la cirrhose, augmentation des pertes sous forme d’albuminurie, et fuite interstitielle due à une augmentation de la perméabilité vasculaire dans les états inflammatoires, qui peuvent toutes se produire chez les sujets diabétiques. La question de savoir si le diabète peut, par lui-même, favoriser l’hypoalbuminémie semble plus discutable : le diabète de type 2 le plus fréquent peut, en effet, être prédit à partir de l’hyperalbuminémie. La synthèse d’albumine répond normalement à l’insuline dans le diabète de type 2, mais elle diminue en cas de carence en insuline, ce qui peut être traité. Dans un diabète mal contrôlé, la glycation de l’albumine peut également modifier sa vitesse d’échappement du plasma. Nous ne savons pas si les taux d’albumine diffèrent selon le type, la durée, les complications et le contrôle du diabète, ce qui semble intéressant pour les cliniciens qui prennent en charge des patients non contrôlés et en perte de poids. Dans notre étude, nous avons mesuré les niveaux d’albumine plasmatique chez ces patients présentant une perte de poids récente et un diabète non contrôlé, puis analysé ses associations avec les caractéristiques de leur diabète, en tenant compte de l’ampleur de la perte de poids, de l’inflammation, de l’état hépatique et rénal.
Matériel et méthodes |
Le taux d’albumine plasmatique a été dosé chez des sujets hospitalisés dans notre service de diabétologie de 2010 à 2019 pour une perte de poids inattendue. Tous ont subi un entretien et un examen clinique, une recherche de cancer par scanner et ont été contrôlés pour des complications diabétiques chroniques. Par régression binaire multivariée, nous avons analysé les déterminants de l’hypoalbuminémie (< 38g/L) ou de la dénutrition sévère (perte de poids et albumine<30g/L).
Résultats et analyses statistiques |
Les 334 sujets étaient principalement des hommes (60,5 %), âgés de 59±12 ans. Ils avaient récemment perdu −3,8kg/3 mois (IQR : −5,0, −1,5). La plupart des diabètes étaient de type 2 : 78,7 % (type 1 : 15,3 %, type 3, pancréatique : 6,0 %), avec une durée de diabète de 5 ans (IQR : 0–13), mal contrôlés : HBA1c 10,5±2,8 %. L’albuminémie moyenne était de 37,6±5,1g/L (médiane : 38,5g/L, IQR : 34,8–41,1). L’hypoalbuminémie était présente chez 151 sujets (45,2 %), liée à l’âge, au sexe féminin, à la cirrhose hépatique, à la protéine C-réactive, à l’HbA1c (HR : 4,3, 95 %CI : 2,0–9,2 pour HbA1c>12,4 %), et à une durée élevée du diabète (HR : 2,0, 95 %CI : 1,0–4,6 pour durée>13 ans). Une dénutrition sévère était présente chez 26 sujets (7,8 %), également liée à la protéine C-réactive, à l’HbA1c, à une durée élevée du diabète et au diabète pancréatique (HR : 2,2, 95 %CI : 1,1–4,3). Le taux d’albumine était significativement plus bas (−2g/L) chez les sujets atteints de rétinopathie et de neuropathie diabétiques. Après ajustement pour l’âge, le sexe, la durée du diabète et l’HbA1c, l’hypoalbuminémie (< 38g/L) était liée à la neuropathie (HR : 2,3, 95 %CI : 1,3–3,9).
Conclusion |
Chez les sujets diabétiques hospitalisés pour perte de poids, l’hypoalbuminémie et la dénutrition sévère sont liées à un diabète ancien, mal contrôlé, notamment pancréatique, et à une neuropathie diabétique.
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Vol 37 - N° 2S2
P. e47 - mai 2023 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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