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Des lésions cutanées à rendre marteau ! - 24/11/21

Doi : 10.1016/j.revmed.2021.10.095 
A. Chan Sui Ko 1, , F. Pater 2, M. Metzelard 1, A. Smail 1, C. Adjodah 3, J. Schmidt 1
1 Médecine interne, CHU Amiens-Picardie, Amiens 
2 Médecine interne, CH de l’Arrondissement de Montreuil-sur-Mer, Rang-du-Fliers 
3 Maladies infectieuses, groupe hospitalier public du Sud de l’Oise, Rang-du-Fliers 

Auteur correspondant.

Résumé

Introduction

Le syndrome oculo-urétro-synovial ou arthrite réactionnelle, fait en général suite à une infection urétrale ou digestive chez des individus génétiquement prédisposés. Le diagnostic, essentiellement clinique, est assez simple. Les manifestations cutanéomuqueuses sont psoriasiformes, souvent évocatrice mais inconstantes [1]. Le traitement est mal codifié, quelques cas d’évolutions sévères ont été traités efficacement par des biothérapies, comme dans l’observation qui suit.

Observation

Un patient de 36 ans d’origine tunisienne, ayant pour antécédent une schizophrénie traitée, est hospitalisé via les urgences pour des polyarthralgies inflammatoires invalidantes. Il existe une forte altération de l’état général, une fièvre à 38,5°C. Un syndrome inflammatoire important. Sur le plan rhumatologique, le patient présente des arthrites des articulations périphériques, essentiellement mains, poignets, genoux. Les ponctions articulaires à visée diagnostique et antalgique retrouve un liquide citrin inflammatoire sans germe. Sur le plan cutané, le patient présente des lésions desquamantes du cuir chevelu et palmoplantaire ainsi que des lésions inflammatoires périunguéales faisant suspecter un psoriasis. Au cours de l’hospitalisation, le syndrome se dévoile avec conjonctivite bilatérale, balanite circinée. Des lésions cutanées hyperkératosiques enchâssés « en clous de tapissier » apparaissent, faisant le diagnostic d’arthrite réactionnelle. Les différents prélèvements infectieux et auto-immun sont négatifs, le HLA B27 est positif. L’étiologie « classique » à germe digestif ou sexuellement transmissible n’a pu être mise en évidence, bien que le patient a finalement déclaré avoir eu des épisodes de diarrhée dans le mois précédent l’hospitalisation. Le traitement initial a consisté en l’instauration d’anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS), mais devant la persistance des symptômes, des corticoïdes, puis du méthotrexate a été utilisé afin de contrôler l’inflammation articulaire. Après 3 semaines du traitement sans évolution favorable, l’association avec un anti-TNF alpha a dû être nécessaire.

Discussion

La triade classique du syndrome oculo-urétro-synoviale associe oligoarthrite asymétrique, uréthrite et conjonctivite. Cependant, des tableaux incomplets existent, et d’autres signes peuvent s’y associer. Les manifestations dermatologiques, très spécifiques, ne sont présentes que dans 10–20 % des cas [1, 2]. Elles sont plus souvent décrites chez les hommes entre 20 et 40 ans. Le terme kératodermie blennorragique est utilisé pour désigner les lésions cutanées typiques dans ce syndrome et sont décrites comme des lésions palmoplantaires hyperkératosiques « en clous de tapissier ». Elles peuvent être confondues avec le psoriasis pustuleux. Lorsque présentes, ces lésions dermatologiques ne sont pas décrites comme un élément de gravité au tableau.

Ce syndrome intègre le cadre nosologiques des spondylarthropathies, avec une prédisposition génétique, le HLA B27 est retrouvé dans 80 % des cas [1].

Le facteur déclenchant infectieux (gastro-entérite, urétrite) permet de conforter le diagnostic, mais est rarement identifié. Il précède le tableau et justifie un traitement antibiotique. Les prélèvements de liquide articulaire, mettent en évidence un liquide en général citrin, sont réalisées pour la recherche de diagnostic différentiel et à visée antalgique. L’analyse du liquide est fréquemment stérile et les PCR spécifiques sur prélèvements synoviaux sont parfois plus contributif lorsque réalisable [2].

Le traitement fait appel en première intention aux AINS et à la corticothérapie. En cas d’évolution prolongé le recours au méthotrexate peut être nécessaire avec une efficacité retardée [3]. En cas d’échec ou d’atteinte sévère, l’utilisation des biothérapies est possible, avec plusieurs succès décrits dans la littérature. La crainte que l’anti-TNF inhibe les défenses contre le facteur infectieux déclenchant est théorique.

Conclusion

Le syndrome oculo-urétro-synovial est une triade clinique classique, mais les lésions dermatologiques parfois présentes sont typiques et pouvant mener au diagnostic lorsque le contexte n’est pas évident. Ce syndrome fait partie des spondylarthropathies, faisant suite à un facteur déclenchant sur un terrain génétique prédisposé. Les traitements privilégiés sont les AINS, les corticoïdes, le méthotrexate, les anti-TNF alpha sont réservés aux formes sévères ou persistantes.

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