Particularités de l’érythème induré de Bazin dans un pays d’endémie tuberculeuse - 19/12/20
, A. Ben Tanfous, A. Zaouak, S. Fenniche, H. HammamiRésumé |
Introduction |
L’érythème induré de Bazin (EIB) est une vasculite nodulaire chronique dont l’origine tuberculeuse est encore discutée. Le but de notre étude était d’étudier les caractéristiques épidémio-cliniques, thérapeutiques et évolutives de l’EIB en Tunisie, pays d’endémie tuberculeuse.
Patients et méthodes |
Étude rétrospective monocentrique incluant les cas d’EIB diagnostiqués entre 2009 et 2019 ; le diagnostic d’EIB était retenu devant la confrontation des données cliniques (hypodermite nodulaire chronique des membres inférieurs) et histologiques (présence d’un granulome tuberculoïde).
Résultats |
Quinze cas ont été colligés : 13 femmes/2 hommes ; âge moyen : 52 ans. Un contage tuberculeux familial était noté dans 3 cas, un terrain d’insuffisance veineuse chronique dans 4 cas, et une surcharge pondérale dans 5 cas. La durée d’évolution moyenne de la symptomatologie était de 22,4 mois. Tous les patients présentaient une hypodermite nodulaire chronique des membres inférieurs, évoluant vers une fistulisation/ulcération dans 7 cas. Des cicatrices indurées étaient notées dans 9 cas. L’atteinte était limitée au 1/3 inférieur des jambes (n=11) ou étendue aux cuisses (n=4). L’intradermoréaction (IDR) à la tuberculine était positive dans 5 cas, phlycténulaire dans 4 cas. Le bilan à la recherche d’un foyer tuberculeux profond était négatif dans 12 cas, positif dans 1 cas (tuberculose ganglionnaire). L’histologie objectivait un granulome tuberculoïde dans tous les cas, associée à une vascularite (n=8) et à une nécrose caséeuse (n=5). La PCR à la recherche de l’ADN du M. tuberculosis réalisée sur pièce de biopsie était négative lorsqu’elle était réalisée (n=5). Le traitement reposait sur les antituberculeux (n=9), la colchicine (n=4) ou la dapsone (n=2). L’évolution était favorable dans 9 cas. Une récidive était notée dans 2 cas et 4 malades étaient perdus de vue.
Discussion |
L’EIB est une affection rare atteignant presque exclusivement les femmes ayant souvent une surcharge pondérale et/ou un terrain d’insuffisance veineuse chronique. Le nombre réduit de cas recensés dans notre étude sur une période de 11 ans, confirme la rareté de l’EIB. Les controverses nosologiques de cette affection sont d’ordre étiologique. Elle est considérée par certains auteurs comme un état d’hypersensibilité retardée à de multiples antigènes dont le M. tuberculosis. Toutefois, l’origine tuberculeuse n’a jamais été réellement prouvée et la prise en charge de l’EIB demeure de ce fait mal codifiée. Dans un contexte d’endémie tuberculeuse comme le nôtre, plusieurs arguments justifient l’instauration d’un traitement antituberculeux : la notion de contage tuberculeux, la positivité de l’IDR, la présence d’un granulome tuberculoïde à la biopsie, et enfin l’évolution le plus souvent favorable sous traitement antituberculeux, comme l’atteste notre étude. La colchicine et la dapsone semblent constituer de bonnes alternatives thérapeutiques.
Conclusion |
Des études plus larges, notamment multicentriques, sont nécessaires afin d’avoir une définition anatomoclinique et des outils diagnostiques et thérapeutiques plus précis et consensuels.
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Vol 41 - N° S
P. A171 - décembre 2020 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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