Atteintes thoraciques de la maladie de Destombes-Rosai-Dorfman : classification et impact pronostique - 28/11/18
Résumé |
Introduction |
La maladie de Destombes-Rosai-Dorfman (DRD) est une histiocytose non-Langerhansienne rare initialement décrite en 1969. Elle est caractérisée par une infiltration d’organes variés par de grands histiocytes à cytoplasme clair CD68 (+), protéine S100 (+), et CD1a (−), et des lésions d’empéripolèse. Les atteintes ganglionnaires cervicales sont les plus fréquentes, mais les atteintes extra-ganglionnaires sont présentes dans près de la moitié des cas. L’atteinte intra-thoracique, en particulier parenchymateuse pulmonaire, est exceptionnelle. Sa présentation clinique et son pronostic sont peu décrits.
Patients et méthodes |
Il s’agissait d’une étude rétrospective multicentrique menée entre 2005 et 2018. Les patients étaient inclus à partir du registre national des histiocytoses, complété par un appel aux pneumologues par un groupe de travail de la SPLF. Les critères d’inclusion étaient une maladie de DRD documentée histologiquement, et une atteinte intra-thoracique définie par la présence d’une atteinte médiastinale ou pulmonaire spécifique de la maladie de DRD. L’imagerie thoracique était relue de façon centralisée lorsqu’elle était disponible. Les caractéristiques cliniques, scanographiques, et l’évolution ont été comparées à celles des cas de la littérature référencés sur Pubmed et Web of Science.
Résultats |
Treize patients (9 hommes, 4 femmes), d’âge médian au diagnostic de 42 ans (de 15 à 83 ans) ont été inclus. Six patients (46 %) présentaient une symptomatologie fonctionnelle respiratoire (toux ou dyspnée d’effort). Le scanner thoracique montrait des nodules parenchymateux (n=7), des réticulations (n=3), des kystes (n=3), et du verre dépoli (n=2). Huit patients (61 %) avaient une atteinte ganglionnaire, le plus souvent cervicale. Aucune atteinte pulmonaire isolée n’était observée. Les autres localisations étaient cutanées (n=6), osseuses (n=5), péri-rénales (n=3), sinusiennes (n=3), parotidienne (n=1) ou sub-mandibulaire (n=1). L’histologie montrait des signes histologiques de maladie associée aux IgG4 dans 3 cas sur 13 (23 %). Quatre patients ne recevaient pas de traitement spécifique, dont 3 étaient asymptomatiques. Lorsqu’un traitement pour la maladie de DRD était prescrit, l’indication était toujours une maladie multisystémique et jamais uniquement l’atteinte pulmonaire. Les traitements comportaient les corticostéroïdes (n=7), la cladribine (n=4), l’interféron pegylé alpha (n=4), le méthotrexate (n=4), le cobimetinib (inhibiteur de MEK, n=2), l’azathioprine (n=1), le rituximab (n=1), le cyclophosphamide (n=1), et le vemurafenib (inhibiteur de BRAF, n=1). L’évolution sous traitement des localisations thoraciques était évaluable chez 7 patients. Des régression tumorales pulmonaires étaient observées sous cladribine associée aux corsicostéroïdes (n=1), vinblastine, cytarabine et corticostéroïdes (n=1), et cobimetinib (inhibiteur de MEK) seul (n=1). Trois patients présentaient une stabilité des lésions sous corticostéroïdes et méthotrexate. Un patient s’aggravait sous interferon-alpha. Deux patientes (15 %) présentaient une association de la maladie de DRD à un lupus systémique et un déficit immunitaire. Un patient présentait une association à un syndrome des anticorps anti-phopholipides.
Dans la littérature, 39 cas de maladie de DRD avec atteinte thoracique étaient décrits (22 hommes, 17 femmes), comportant 12 atteintes parenchymateuses, 3 pleurales, 13 trachéobronchiques et 18 médiastinales. Comme dans notre série, les patients avaient un âge médian de 45 ans (de 2 à 81 ans). Du fait d’une prévalence plus importante de formes trachéobronchiques (33 % versus 7,5 % dans notre série) le recours à la chirurgie ou à des techniques de désobstruction endobronchique était plus fréquent. Dans la moitié des cas, une corticothérapie était prescrite avec une réponse dans 4 cas lorsqu’ils étaient utilisés seuls. Les autres traitements réunissaient le méthotrexate (n=5), chlorambucil (n=4), l’interféron-alpha, la vinblastine, la 6 mercaptopurine (n=1 pour chaque). Dans 2 cas, la radiothérapie était utilisée comme traitement adjuvant de la chirurgie.
Conclusion |
Les atteintes intrathoraciques de la maladie de DRD sont exceptionnelles. Elles peuvent être classées en atteintes parenchymateuses, pleurales, trachéobronchiques, et médiastinales. Elles sont dans la moitié des cas asymptomatiques et découvertes lors du bilan d’extension de la maladie. La présentation radiologique associe typiquement des nodules pulmonaires et des réticulations. L’association à une maladie auto-immune, parfois avec un déficit immunitaire, est présente dans 20 % des cas. La cladribine semble un traitement efficace des atteintes pulmonaires de la maladie de DRD. L’utilisation du cobimetinib a permis une régression tumorale pulmonaire majeure et précoce chez une patiente.
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Vol 39 - N° S2
P. A54 - décembre 2018 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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