La procalcitonine comme marqueur diagnostique et pronostique d’infection bactérienne chez les patients admis pour fièvre et/ou syndrome inflammatoire dans les services de médecine interne - 15/11/17
, A. Legrain, A. Ullmer, J.-D. Karam, M. Lacroix, X. Boulu, A. Sagnier, C. Gourguechon, A. Smail, V. Salle, P. Duhaut, J. SchmidtRésumé |
Introduction |
La procalcitonine (PCT) est un marqueur biologique produit en conditions normales par les cellules C de la glande thyroïde. Le gène Calc-I code pour l’ARN-m qui induit l’expression de la PCT. Une infection induit une expression ubiquitaire du gène Calc-I. La sécrétion de l’ARN-m de la PCT est stimulée de façon plus importante lors d’un sepsis que l’ARN-m des autres cytokines, la PCT semble donc être plus élevée lors des infections bactériennes et pourrait aider au diagnostic. Fièvre et syndrome inflammatoire constituent un motif fréquent d’hospitalisation dans un service de médecine interne. Les étiologies, nombreuses et diversifiées, font toute la complexité du diagnostic. La question est donc de savoir si la PCT reste performante dans le contexte particulier d’un service de médecine interne.
Patients et méthodes |
Une étude monocentrique, prospective, de cohorte, s’intéressant aux caractéristiques opératoires de la PCT en tant que marqueur diagnostique a été menée dans notre service de médecine interne, entre le mois de décembre 2015 et septembre 2016. Le critère de jugement principal était de comparer la valeur initiale de la PCT avec l’étiologie retenue de la fièvre/du syndrome inflammatoire, basée sur le jugement du clinicien (reposant sur des critères cliniques et paracliniques préétablis). Les patients de plus de 18ans, hospitalisés dans le service de médecine interne pour une fièvre (température supérieure à 38,5°C) et/ou un syndrome inflammatoire (CRP>5mg/l), n’ayant pas exprimé de refus ont été inclus. Une PCT était dosée lors de leur bilan d’entrée et chaque étiologie était relevée, qu’il y ait une documentation microbiologique ou non.
Résultats |
Quatre-vingt-douze patients ont été initialement inclus, puis 4 exclus (deux patients avec une antibiothérapie depuis plus de 12heures avant le dosage de la PCT, un dosage de PCT réalisé au-delà des 24 premières heures d’hospitalisation, et deux patients dialysés). L’analyse a porté sur 88 patients. Parmi les étiologies retrouvées de fièvre et/ou de syndrome inflammatoire, on dénombrait 46 infections bactériennes, et 42 autres causes (maladie auto-immune, néoplasie, infections virales, thrombose veineuse profonde, arthrite microcristalline, etc.) dont 6 patients pour lesquels aucune étiologie n’a été retrouvée. L’âge moyen des patients avec infection bactérienne était significativement plus élevé : 73,3 (±15,3) ans versus 65,7 (±16,7) ans, p=0,003. Le sex-ratio était identique que l’étiologie, soit bactérienne ou non (50 femmes/38 hommes). La PCT était significativement plus élevée dans les infections bactériennes avec une médiane à 0,32 [0,15–3,31] μg/L versus 0,14 [0,10–0,23] μg/L pour les autres causes, p=0,0003. Mais plusieurs étiologies non bactériennes avaient également une PCT élevée : par exemple, une PCT à 5,86μg/L devant une réaction immuno-allergique à une transfusion plaquettaire, ou un patient avec une néoplasie et une PCT à 2,71μg/L. Nous avons déterminé le seuil optimal de PCT selon la méthode du point J de Youden qui est à 0,3μg/L. Pour ce seuil à 0,3μg/L, la sensibilité (Se) est à 56,5 % (IC 95 % : 42,2–70,8), la spécificité (Sp) est à 85,7 % (IC 95 % : 75,1–96,3), la valeur prédictive positive (VPP) à 56,5 % (IC 95 % : 42,2–70,8) et la valeur prédictive négative (VPN) à 85,7 % (IC 95 % : 75,1–96,3).
Discussion |
Les résultats de notre étude semblent proches des résultats antérieurs publiés dans la littérature. L’étude menée par Delèvaux et al. en 2003 retrouvait un seuil optimal à 0,35ng/mL avec une meilleure Se à 72 %, et une Sp à 88,5 %. Queyrel et al. ont mené une étude prospective au CHRU de Lille entre 1999 et 2001. La Se était de 65 %, la Sp de 57 %, la VPP était de 77,4 % et la VPN de 41,9 %.
Conclusion |
Notre étude montre que la PCT est significativement plus élevée dans les infections bactériennes par rapport aux autres causes de fièvre ou syndrome inflammatoire. Cependant, plusieurs patients avec une étiologie non bactérienne présentaient une PCT élevée. Avec un seuil à 0,3μg/mL, la VPN et la Sp sont intéressantes mais la Se et la VPP insuffisantes. D’après ces résultats, la PCT semble être un élément intéressant pour écarter une infection en cas de négativité mais n’est pas suffisante pour détecter une infection. Compte tenu de son coût important et des caractéristiques opératoires retrouvées, elle ne devrait pas être réalisée en routine devant une fièvre et ou un syndrome inflammatoire en médecine interne, mais peut être réservée aux cas difficiles.
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Vol 37 - N° S2
P. A106-A107 - décembre 2016 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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