S'abonner

Un effet indésirable du déférasirox (Exjade®) pouvant avoir de lourdes conséquences - 22/11/15

Doi : 10.1016/j.revmed.2015.10.212 
R. Bouvet , F.X. Catherine, S. Audia, S. Berthier, V. Leguy, M. Samson, B. Bonnotte
 Médecine interne et immunologie clinique, CHU de Dijon, Dijon, France 

Auteur correspondant.

Résumé

Introduction

Le déférasirox (Exjade®) est un chélateur du fer largement prescrit dans les surcharges martiales chroniques post-transfusionnelles. Nous rapportons le cas d’une patiente ayant présenté un nouvel effet secondaire du déférasirox qui aurait pu avoir de lourdes conséquences fonctionnelles.

Observation

Une patiente de 43ans, aux antécédents de lymphome hodgkinien de type scléronodulaire traité par ABVD et radiothérapie considéré en rémission depuis 2005, était suivie en médecine interne pour une anémie hémolytique auto-immune (AHAI). L’AHAI s’était avérée réfractaire à la corticothérapie, au rituximab, à la splénectomie, au cyclophosphamide et à la ciclosporine. Elle a bénéficié de traitement symptomatique à type de nombreuses transfusions itératives responsables d’une hémochromatose secondaire pour laquelle un traitement par déférasirox 1000mg/j a été débuté. Trois semaines après le début du traitement, la patiente a présenté une asthénie sévère, des vomissements et des signes de déshydratation extracellulaire. Le bilan biologique révélait alors une insuffisance rénale aiguë avec une créatininémie à 234mmol/L, une urémie à 22mmol/L, une protéinurie à 0,73g/j associée à une éosinophilie à 900/mm3 et une éosinophilurie positive. Du fait de la forte suspicion d’une étiologie médicamenteuse, la biopsie rénale n’a pas été réalisée. Une suspicion d’insuffisance rénale aiguë immuno-allergique secondaire au déférasirox entraînait l’arrêt du médicament incriminé associé à une réhydratation et correction des troubles hydroélectrolytiques. Une semaine après l’arrêt du médicament la fonction rénale s’était normalisée.

Discussion

Le déférasirox est un chélateur du fer habituellement très bien toléré, avec pour principaux effets indésirables des troubles digestifs avec nausées, douleurs abdominales, rash cutanés [Ruivard, 2012]. Les essais cliniques ont cependant constaté des augmentations supérieures à 33 % de la créatininémie chez 36 % des patients traités par déférasirox, ces anomalies ont été dépendantes de la dose et réversibles après arrêt ou adaptation des doses. Les étiologies de ces augmentations n’avaient pas été élucidées lors de la mise sur le marché du déférasirox [1]. La littérature ne rapporte qu’un cas d’insuffisance rénale aiguë sous déférasirox, compliqué d’une insuffisance rénale terminale nécessitant une prise en charge définitive en dialyse [2]. Les NIA se manifestent par une triade inconstante : fièvre, éruption cutanée, éosinophilie plusieurs semaines après le début de la prise du traitement ou 3 à 5jours après sa réintroduction ainsi que par une éosinophilurie, une pyurie stérile et une insuffisance rénale à diurèse conservée ; le diagnostic de certitude étant l’examen anatomo-pathologique d’une biopsie rénale révélant des lésions interstitielles parfois granulomateuses [3]. Les principales étiologies médicamenteuse des NIA actuellement incriminées sont : les AVK, les antibiotiques, les anti-inflammatoires non stéroïdiens et les inhibiteurs de la pompe à protons [3]. La recherche d’une éosinophilurie isolée peut apporter un argument en faveur d’une NIA bien que sa sensibilité ne soit évaluée qu’à 25 % avec une valeur prédictive positive à 3 % [Fletcher A. 2008].

Conclusion

L’intérêt de cette observation est de rapporter un effet indésirable non décrit du DEFERASIROX, une atteinte rénale dont le mécanisme est une NIA. L’apparition d’une insuffisance rénale doit faire suspecter la cause médicamenteuse, compléter le bilan étiologique et suspendre le médicament afin d’éviter une atteinte rénale définitive. La prescription d’EXAJDE doit s’accompagner d’une surveillance de la fonction rénale.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Plan


© 2015  Publié par Elsevier Masson SAS.
Ajouter à ma bibliothèque Retirer de ma bibliothèque Imprimer
Export

    Export citations

  • Fichier

  • Contenu

Vol 36 - N° S2

P. A202-A203 - décembre 2015 Retour au numéro
Article précédent Article précédent
  • Une otite moyenne aiguë sous anti-inflammatoires
  • A. Cambon, C. Ohlman, M. Patouillet, M. Billhot, T. Carmoi
| Article suivant Article suivant
  • Une hypokaliémie réfractaire facilement curable
  • Y. Bizet, M.D. Cabanel, E. Aslangul, I. Mahe

Bienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.

Déjà abonné à cette revue ?

Mon compte


Plateformes Elsevier Masson

Déclaration CNIL

EM-CONSULTE.COM est déclaré à la CNIL, déclaration n° 1286925.

En application de la loi nº78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez des droits d'opposition (art.26 de la loi), d'accès (art.34 à 38 de la loi), et de rectification (art.36 de la loi) des données vous concernant. Ainsi, vous pouvez exiger que soient rectifiées, complétées, clarifiées, mises à jour ou effacées les informations vous concernant qui sont inexactes, incomplètes, équivoques, périmées ou dont la collecte ou l'utilisation ou la conservation est interdite.
Les informations personnelles concernant les visiteurs de notre site, y compris leur identité, sont confidentielles.
Le responsable du site s'engage sur l'honneur à respecter les conditions légales de confidentialité applicables en France et à ne pas divulguer ces informations à des tiers.


Tout le contenu de ce site: Copyright © 2024 Elsevier, ses concédants de licence et ses contributeurs. Tout les droits sont réservés, y compris ceux relatifs à l'exploration de textes et de données, a la formation en IA et aux technologies similaires. Pour tout contenu en libre accès, les conditions de licence Creative Commons s'appliquent.